Histoire de la catastrophe



Le réacteur Tchernobyl N°4 éventré et fumant

À 01:24 locales (UTC+3), le réacteur nucléaire N°4 de la centrale Tchernobyl en ancienne Union Soviétique explose d'une surpression de vapeur qui fait voler le lourd dôme de béton et d'acier en éclats. Des milliards de particules radioactives de toutes tailles se répandent dans l'atmosphère et aux alentours à la lueur bleutée du feu de graphite et de matières radioactives qui s'est déclaré dans le coeur du réacteur.

À peine cinq minutes plus tard, les pompiers de Pripiat, la jeune et moderne cité-dortoir située à trois kilomètres de la centrale, tentent en vain d'éteindre ce feu à l'aide de moyens de lutte conventionnels tandis que les responsables ne réalisent toujours pas l'ampleur du désastre. Les cinq foyers secondaires seront éteints vers 6:00.

Alors que les niveaux de radioactivité croissent dangereusement, Pripiat se réveille, inconsciente du danger. Ses cinquante mille habitants vaquent à leurs occupations habituelles à la douceur de la première belle journée de printemps. Les préparatifs pour la grande fête du premier mai battent leur plein, et chacun est impatient d'inaugurer à cette occasion la grande roue qui symbolise la modernité de l'Union et de la ville. La population de Pripiat ne reçoit toujours pas d'iode pour protéger la glande thyroïde de l'accumulation d'iode 131, et ne sera évacuée précipitemment que le lendemain après-midi à l'aide d'un millier d'autobus, sommée d'emporter le strict nécessaire pour un départ de quelques jours seulement. Ces malheureux infortunés ne pourront jamais réintégrer leur logement.

Durant plus d'une semaine, le réacteur éventré, fumant, disperse aux quatre vents une quantité de matières radioactives estimée à cent fois celle libérée à Hiroshima et Nagazaki. Il est par ailleurs admis que les essais nucléaires atmosphériques militaires en ont produit bien davantage encore...

Le réacteur Tchernobyl N°4 éventré et fumant

Les travaux de nettoyage, qui impliqueront huit-cent mille « liquidateurs » durant les années qui suivront, ont débuté. La radioactivité est si forte autour du réacteur que les robots envoyés rassembler les nombreux débris qui parsèment le sol des environs tombent tous rapidement en panne. C'est ainsi que des hommes, sommairement équipés de tabliers de plomb et de masques de fortune, se sacrifient pour ramener dans le réacteur encore chaud ces matières mortelles éparses. Chaque homme dispose de moins d'une minute pour effectuer sa tâche. Malgré ce temps d'exposition très court, les symptômes de l'irradiation aiguë ne tardent pas, comme pour les pompiers, à se manifester : vômissements, lésions cutanées, pertes de cheveux...

La place du parc d'attractions, proche du réacteur, sert de piste d'aterrissage pour les hélicoptères de l'armée réquisitionnés pour éteindre le coeur embrasé. Cinq mille tonnes de sable, de plomb et de bore seront maladroitement déversés pour parvenir à maîtriser l'incendie.

Pendant ce temps, le gouvernement a dessiné autour du réacteur une zone de trente kilomètres de rayon. Tous les habitants de cette zone sont évacués et des dizaines de villages sont rasés puis ensevelis. Les autres sont nettoyés à la lance incendie pour amener les radionucléides dans le sol, et les diluer.

Il faut maintenant éviter de répandre davantage de radionucléides dans la nature.

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